L’intelligence artificielle : entre questions et perspectives – 2
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DescriptionIl est important, d’entrée de jeu, de donner une définition de ce qu’est l’intelligence artificielle. Une définition peut nous être donnée par Dounia dans son ouvrage L’Intelligence artificielle : atout pour l’audit social et la gouvernance des technologies de l’organisation pour une performance globale. Dans cet article, nous pouvons lire plusieurs façons de comprendre l’intelligence artificielle. C’est-à-dire que, d’après l’auteur, elle est un atout social au niveau de l’avancement technologique qui permet de répondre à plusieurs questions que l’être humain peut se poser.Nous pouvons également prendre une autre définition, par exemple celle de l’auteur Peretz dans L’Intelligence artificielle générative dans l’impasse informationnelle. Il y parle de ChatGPT, qui permet de générer du texte en s’appuyant sur un grand modèle de langue (LLM) avec un haut niveau de performance, permettant de répondre à de nouveau à des questions de plusieurs natures : politiques, sociologiques, etc. Cela permet de dialoguer, d’échanger et de converser.Le texte d’aujourd’hui s’articule donc autour de notre thématique : « L’intelligence artificielle : entre questions et perspectives ». C’est un texte qui se veut une réflexion sur l’intelligence artificielle de manière pluridisciplinaire. Nous voulons avoir un regard et une vue d’ensemble sur les différentes disciplines qui abordent la question et les angles d’approche qu’elles proposent.Dans un premier temps, nous étudierons l’impact de l’intelligence artificielle d’un point de vue philosophique : qu’est-ce que l’IA peut nous apporter sur ce plan ? Ensuite, nous verrons une approche psychologique et psychanalytique. Nous aborderons également les sciences religieuses, puis une approche scientifique. Nous explorerons une approche littéraire, politique, anthropologique, et nous terminerons par une analyse sociale pour essayer de voir quels questionnements et quelles perspectives l’intelligence artificielle nous apporte. Pour cela, notre fil conducteur sera composé de questionnements autour de l’éthique et de la déontologie de l’utilisation de l’intelligence artificielle.Pourquoi commencer par une approche philosophique ? Il est essentiel de débuter ainsi car, bien qu’à son époque il n’y avait pas lieu de réfléchir à cette question technologique, c’est la pensée de Descartes qui va nous intéresser, particulièrement la notion du « Je pense, donc je suis ». Pour Descartes, c’est l’exercice de la réflexion qui permet d’exister. L’activité de la pensée – au niveau du questionnement et de l’effort de recherche – définit l’être.D’un point de vue philosophique, l’intelligence artificielle nous confronte à un questionnement majeur : à partir du moment où l’IA réfléchit à la place de l’humain, nous faisons face à plusieurs enjeux éthiques. Ces questions ont été abordées dans divers ouvrages, notamment dans le domaine de l’enseignement du FLE (Français langue étrangère). Le chercheur Jequier, dans son article « L’intelligence artificielle générative pour l’enseignement du FLE », présente des réflexions intéressantes sur les avantages de l’IA dans l’apprentissage.À l’inverse, si l’on regarde les travaux de Nodet, dans son ouvrage L’Usage de l’intelligence artificielle générative au lycée : révélateur des inégalités socio-scolaires, on constate que les élèves ayant un bagage intellectuel moins avancé ont davantage tendance à utiliser l’IA pour compenser leurs lacunes et réussir leurs examens ou devoirs à la maison.Le problème philosophique qui se pose alors est le suivant : il ne s’agit plus du travail de l’élève. La première perspective que nous offre la philosophie est que l’IA sert effectivement à pallier certaines faiblesses d’apprentissage, mais cet équilibre est précaire, car l’élève n’est plus acteur de son savoir. Tout dépend de l’usage : si l’élève se contente d’un « copier-coller », il n’apprend rien. En revanche, s’il utilise l’IA comme un dictionnaire ou un outil de soutien, elle peut avoir un impact positif, notamment pour les élèves issus de milieux scolaires défavorisés.Pour approfondir cette approche philosophique, j’aime mettre des auteurs en discussion. Prenons par exemple le dialogue entre Socrate et Gorgias : nous y voyons l’échange de deux mondes totalement opposés. Lorsqu’on fait une critique philosophique de l’intelligence artificielle, on s’aperçoit qu’en tant qu’enseignant, il est souvent aisé de discerner si un devoir est le fruit du travail d’un élève ou celui d’une machine. La structure des phrases et la manière d’exposer les idées trahissent l’origine du texte. D’un point de vue philosophique, là où Socrate expose une vision du monde habitée, celle de l’IA reste désincarnée.Nous pouvons identifier deux approches opposées en philosophie : la lecture socratique et la lecture de Gorgias. Dans leurs dialogues, nous constatons qu’en philosophie, plusieurs tendances permettent d’analyser un sujet comme l’intelligence artificielle.Si l’on suit la lecture de Socrate, nous adoptons une approche centrée sur la remise en question des idées et de la pensée. À l’inverse, Gorgias se situe plutôt dans la séduction intellectuelle. Je pourrais affirmer, de manière prudente, que d’un point de vue philosophique, l’IA s’inscrit davantage dans cette lecture de la séduction intellectuelle.L’intelligence artificielle ne vous dit que ce que vous voulez entendre. Si vous faites l’effort de dialoguer avec elle, vous verrez qu’elle est alimentée de manière à ne pas vous frustrer ni vous remettre en question. La plupart des IA sont orientées de cette façon.Dans notre approche pluridisciplinaire, il est important de comprendre ce phénomène. Au niveau philosophique, nous nous retrouvons face à cette séduction intellectuelle où l’IA vous apporte tout ce que vous cherchez sans effort. L’un des problèmes majeurs réside dans la réalité de la recherche d’information. L’IA fonctionne selon les questions qu’on lui pose : tout dépend donc de la pertinence de votre requête. Plus les questions sont pointues, plus les réponses peuvent s’avérer limitées. Lorsque vous êtes exigeant, elle finit parfois par vous renvoyer à des sources universitaires ou à des catalogues de bibliothèques, car elle atteint ses limites. L’intelligence artificielle n’aide pas à réfléchir : elle expose sa propre réflexion, ce qui est très différent. Ce qui nous aide à réfléchir, c’est la capacité de chercher des réponses. À partir du moment où nous recevons des réponses toutes faites alors que nous sommes en plein questionnement, notre capacité de recherche s’atrophie.En tant qu’enseignant, je constate que plusieurs professeurs se fient à l’IA pour appuyer leurs propos ou construire des argumentaires. Cependant, on remarque vite qu’il n’y a pas d’empathie, pas d’émotion, ni de réflexion émotionnelle. Or, la réflexion émotionnelle n’est pas à bannir : dans une relation, elle permet de saisir le fond de la pensée d’autrui. L’IA tente de rester rationnelle, bien qu’elle commette beaucoup d’erreurs, notamment lorsqu’elle génère du texte à l’intérieur d’images ou qu’elle doit effectuer des tâches très précises nécessitant un travail approfondi.Cette séduction intellectuelle se retrouve chez plusieurs auteurs. Peretz, dans son ouvrage sur l’IA générative, parle d’impasse informationnelle et de génération de fake news. Il est crucial de noter qu’il s’agit d’une intelligence artificielle et non assurée. La plupart du temps, elle répond sans connaître le contexte. Or, quiconque pose une question n’expose pas toujours la réflexion sous-jacente. En tant qu’enseignant, j’évalue la manière dont les élèves interrogent : leurs questions révèlent soit l’étendue de leurs connaissances, soit leurs failles. Poser une question, c’est admettre une ignorance que l’on souhaite combler. Derrière l’IA, il existe également un marketing économique.Plusieurs auteurs traitent de cette approche philosophique.D’un point de vue psychologique, il est important de noter que de nombreux travaux ont été réalisés. Nous avons, par exemple, les recherches de Potier sur les conseillers d’orientation face à l’intelligence artificielle (utilisations et enjeux), où elle traite de l’évolution de la profession. Citons également Houdé qui aborde l’intelligence dans ses travaux, ou encore Dewaer qui étudie l’IA comme outil de sélection de CV. Cependant, les ouvrages qui nous intéressent particulièrement sont La Psychologie de l’intelligence artificielle de Tarsan et L’Intelligence artificielle en psychologie de Kozlovasky.Ce que nous devons comprendre au niveau psychologique est essentiel : l’IA a une difficulté majeure à prétendre répondre à tous les besoins humains sans prendre en compte le contexte. Par exemple, l’IA ne perçoit pas l’intonation d’une question. Or, lorsqu’on écoute une personne, l’intonation modifie la réception et la réflexion sur le message. Une question posée dans un état de tristesse ou de joie se traite différemment.L’être humain possède une intelligence émotionnelle qui lui permet de discerner le langage non verbal et les nuances vocales. Bien qu’il existe des caméras étudiant les mimiques, l’IA – surtout derrière un écran – n’a pas cette faculté d’interaction directe pour saisir l’enjeu profond d’une question. Derrière chaque interrogation se cachent des enjeux émotionnels, psychologiques, spirituels ou sociaux. Un être humain peut développer une empathie réelle. Face à une personne psychologiquement fragile qui exprimerait le souhait de mettre fin à ses jours, l’humain adaptera sa réponse au contexte émotionnel. L’IA n’a pas cette capacité de discernement. À l’inverse, elle peut aussi tomber dans le panneau de questions pièges posées par un utilisateur qui plaisante ou qui cherche à tester ses limites, en donnant des réponses parfois farfelues.Certains chercheurs, comme Sache-Oxéneri, Kulyvic et Messmoudi, ont démontré les risques de traumatismes psychiques que l’IA peut engendrer. Dans leur article « Identifier et traiter les traumatismes psychiques : quelle place pour l’intelligence artificielle ? », ils appellent à une vigilance accrue malgré l’accélération de ces méthodes.En revanche, l’IA est très utile pour la correction orthographique, l’organisation des mots ou l’embellissement d’un texte. L’approche littéraire et grammaticale montre un impact positif certain sur l’apprentissage des langues.D’un point de vue politique, nous sommes confrontés à une situation complexe. L’IA est gérée par des sociétés en concurrence (ChatGPT, modèles chinois, etc.). Ces multinationales récoltent des masses de données, ce qui posera à l’avenir la question de lois plus strictes sur la protection de la vie privée. La prudence nous invite à nous demander où vont ces informations. Des auteurs comme C. Li explorent ces enjeux, notamment dans son étude sur l’IA et l’enseignement supérieur en Chine. En France, Alexandre et Abderrahman Bensaid ont analysé les déclarations politiques sur l’IA de 2017 à 2024. Finalement, l’approche politique nous permet de considérer l’IA comme un outil d’exploration et de regroupement de données, tout en gardant une lecture critique. L’approche anthropologique et géographique révèle que l’utilisation massive de l’IA se concentre surtout dans les sociétés dites développées (Chine, États-Unis, Europe). Des auteurs comme Guarguati ont cartographié l’IA au service du sport, tandis que d’autres étudient son impact sur l’innovation durable des Pme. Citons également Sarah Allard sur l’évolution du capital humain ou Torpedi sur la cartographie des îlots de chaleur. Ces travaux permettent d’identifier comment l’IA redessine notre monde.Enfin, selon une lecture sociologique, l’IA peut être perçue à la fois comme un atout et comme une régression. Tout dépend de son usage. Une personne qui l’utilise systématiquement pour obtenir des réponses toutes faites limite son champ de réflexion et sa capacité à se remettre en question. En revanche, si on l’utilise comme un outil pour apprendre à réfléchir, elle devient un levier. Daniel Susskind étudie comment ces technologies reconfigurent le marché du travail, tandis que Tania Agobet analyse l’IA comme outil de diagnostic entre éthique et sociologie.La sociologie nous montre que l’IA agit comme un révélateur du bagage intellectuel. Pour ceux qui ont déjà une démarche de recherche et de réflexion, l’IA est un accélérateur de potentiel qui permet de trier et catégoriser les idées plus rapidement. Pour d’autres, moins familiers avec ces processus, l’IA risque de devenir une béquille, voire une référence absolue remplaçant l’effort de lecture. Une IA peut donner un résumé correct d’un livre, mais elle manque de la consistance et des détails que seule une lecture approfondie procure. On observe ainsi des cas de tricherie où des élèves tentent de défendre un ouvrage qu’ils n’ont pas exploré, se retrouvant coincés dès que l’on approfondit le sujet.Pour terminer, l’IA m’a aidé intellectuellement, non pas en remplaçant ma pensée, mais en m’assistant dans la structure, la ponctuation et la grammaire pour produire ce travail pluridisciplinaire. Ce texte ne prétend pas être exhaustif, mais propose des pistes et des ouvrages pour explorer le sujet. L’intelligence artificielle est au service de la pensée, de la réflexion et de la lecture critique. Tout dépend de l’usage que l’on en fait. C’est un peu comme une voiture : elle va là où vous décidez de l’emmener.BibliographiesRAZOUKI, Hassan, et al., « L’impact de l’intelligence artificielle sur l’enseignement et l’apprentissage : Enjeux et perspectives », SHS Web of Conferences, vol. 214, EDP Sciences, 2025. URL : https://doi.org/10.1051/shsconf/202521401010.MECHERI, Lamia. « L’identité numérique à l’épreuve de l’intelligence artificielle : Traces de Florence Hinckel », Altralang Journal, vol. 7, issue 1, 2025, pp. 52-60.RAUS, Rachele, TONTI Michela, « Intelligence artificielle, corpus et diversité linguistique : enjeux et perspectives. Introduction », Langages, vol. 237, n° 1, Malakoff, Armand Colin, 2025, pp. 7-20.METZGER, Jean-Luc, « Daniel Susskind, Un monde sans travail. 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