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Lettre ouverte à celles et ceux que séduit la tentation illibérale

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DescriptionNous vivons une époque où nos certitudes se fissurent, tandis que celles de nos adversaires se consolident avec une assurance inquiétante. Ce basculement du monde, nous le sentons tous.D’un côté, le doute, l’hésitation, une conscience lucide et inquiète ; de l’autre, des certitudes brutales, durcies par la haine, la recherche du profit, la volonté de contrôler et d’asservir.Rien d’étonnant, dès lors, à ce que les dirigeants les plus en vue de notre temps ne parlent plus d’avenir, mais de sécurité, de performance et de domination. Leur horizon se réduit à leurs intérêts personnels et à ceux de leurs affidés, qu’ils protègent comme des biens et qu’ils n’hésitent pas à sacrifier sans scrupule dès qu’ils deviennent encombrants.Le pouvoir contemporain n’a plus besoin de grandeur, encore moins de vérité. Il lui suffit d’une stratégie de l’instant. Comme au judo, il utilise l’élan de l’adversaire, ses colères, ses peurs, ses fatigues, pour le projeter au sol. Pas de combat frontal, pas de débat réel, on détourne, on exploite. La politique devient une tactique de flux, et la morale une variable d’ajustement.Je comprends la lassitude qui gagne tant d’entre nous. Face aux mensonges répétés, aux inégalités qui s’aggravent, aux injustices devenues ordinaires, à l’emprise du numérique qui infiltre nos vies jusqu’à les appauvrir et les compliquer, à l’accumulation de contraintes administratives absurdes, de normes tatillonnes et de contrôles à tonalité policière, un sentiment de trahison et d’épuisement s’installe durablement.Il ne s’agit plus d’une simple fatigue passagère, mais d’une érosion profonde, celle d’existences sommées d’obéir, de se justifier en permanence, de se conformer à des injonctions contradictoires – être toujours plus performants tout en acceptant la précarité, être autonomes tout en étant étroitement contrôlés, rester connectés en permanence tout en supportant l’isolement, être déclarés responsables sans disposer d’un réel pouvoir d’agir. Nous sommes contraints de supporter un monde qui exige toujours plus d’efficacité, de transparence et d’adaptation, tout en nous retirant, peu à peu, la liberté de décider de nos rythmes, de nos priorités et de nos désirs, et en vidant l’expérience vécue de sa substance, de sa profondeur et de son sens.Dans ce climat de désenchantement, beaucoup se réfugient dans l’indifférence, la dérision ou le silence. D’autres se laissent séduire par ceux qui promettent de « faire table rase », de « parler vrai », de « bousculer le système » ou de « rendre la parole au peuple ».Mais ce retrait, loin d’être anodin, laisse un vide que s’empressent d’occuper les extrêmes, les intégristes, les fanatiques de tout poil. Profitant de l’absence de vigilance, ils imposent leurs idées simplistes, leur autorité brutale, leurs vérités sans nuance. L’abstention devient alors une forme de complicité passive. Le refus de s’engager se mue, souvent malgré soi, en reddition silencieuse face à ceux qui rêvent d’un ordre sans liberté et d’un peuple sans voix.Notre indifférence est devenue le terreau de ceux qui gouvernent sans scrupules au mépris du bien commun. Et cette indifférence, cette fatigue démocratique, ouvre un boulevard aux régimes illibéraux[1].L’illibéralisme n’est pas une autre manière de concevoir la liberté. C’est une « démocratie » vidée de sa substance. C’est un État en déliquescence.La méthode est toujours la même, on prend le pouvoir par les urnes, on s’attaque ensuite aux institutions, on désigne les opposants comme des ennemis intérieurs, on transforme la presse en cible, la science en menace, et les minorités – immigrées, sexuelles, religieuses ou simplement critiques – en boucs émissaires. Ces dirigeants se présentent comme des défenseurs du peuple, mais ils cherchent avant tout à le réduire au silence pour mieux régner.Voyez Donald Trump, érigé en modèle par tant de populistes. Il s’est proclamé l’oracle du peuple américain, drapé dans une rhétorique de proximité et de colère, tout en exerçant le pouvoir au profit de son clan, de ses fidèles et de ses intérêts privés, confondant sans vergogne la chose publique avec ses propres affaires. Sous son mandat, il a affaibli les institutions scientifiques et éducatives, démantelé les programmes de santé publique et supprimé les agences chargées de prévenir les pandémies. Résultat, des milliers de morts évitables, et une défiance durable envers la médecine et la recherche.Trump a même nommé à des postes importants des personnes choisies pour leur loyauté, non pour leur compétence. La nomination à Paris de Charles Kushner, son beau-père, relève moins de la diplomatie que d’un cynisme décomplexé. Elle consacre l’accession à une fonction stratégique d’un homme sans compétence reconnue en relations internationales, dont le principal mérite semble être son lien familial et sa proximité avec les circuits du pouvoir et de l’argent. Cette désignation incarne la dérive d’un système où l’État devient une entreprise clanique, où les ambassades servent de sinécures dorées, et où la représentation d’un pays à l’étranger se réduit à une extension des intérêts privés. Ici, la diplomatie n’est plus un art de la relation entre peuples, mais une récompense offerte à un proche, au mépris du sens, de l’éthique et de la dignité de la fonction.Cette logique de dévoiement des institutions ne s’est pas arrêtée à la diplomatie. Elle s’est étendue méthodiquement à tous les piliers de l’action publique. Ainsi, un climatosceptique notoire, Scott Pruitt, a été placé à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement, non pour la renforcer, mais pour la saboter de l’intérieur. Nier le réchauffement climatique, démanteler les normes écologiques, servir les intérêts des industries polluantes : telle fut la mission confiée à celui qui devait, en principe, protéger les générations futures.Dans le même esprit, la santé publique a été livrée à des figures sans compétence scientifique ni formation médicale. Des conseillers comme Michael Caputo ont occupé des postes stratégiques, contribuant à semer le doute sur les vaccins, à discréditer la recherche et à affaiblir la parole scientifique au moment même où elle était la plus nécessaire. Là encore, il ne s’agissait pas d’erreur ou d’improvisation, mais d’une stratégie assumée qui consiste à substituer l’idéologie à la connaissance, la croyance au savoir, l’opinion bruyante à l’expertise patiente.Ces nominations dessinent un même paysage, celui d’un pouvoir illibéral qui ne gouverne plus pour protéger, mais pour désorganiser, délégitimer et dominer. Un pouvoir qui préfère les loyaux incompétents aux professionnels exigeants, et qui transforme les institutions en coquilles vides, au service d’intérêts privés, de récits mensongers et d’un autoritarisme sans visage, mais profondément corrosif.Ces choix ont eu des conséquences tragiques, car ils ont fragilisé la confiance envers la médecine, nourri les théories du complot et coûté des vies humaines. Pendant qu’il se drapait dans le drapeau du patriotisme, Trump réclamait le prix Nobel de la paix, tout en rebaptisant le « Department of Defense » en « Department of War ». Sous couvert de « lutte contre la drogue », il a ordonné en Colombie des opérations qui ont fait des victimes innocentes, poursuivant en réalité le contrôle économique des ressources du pays. Un cynisme qui rappelle celui du président McKinley (dont il s’inspire) qui justifiait jadis la conquête des Philippines au nom d’un devoir de civilisation.Et que dire de Poutine, qui prétend protéger son peuple tout en l’enfermant ? Ou d’Erdogan, Orban ? Tous ont usé de la même recette : contrôler la justice, réduire les libertés, museler la presse, et transformer la peur en moteur politique. Et tandis que l’on détourne le regard, certains chefs d’État s’arrogent le droit de vie et de mort.Vladimir Poutine incarne cette dérive glaçante. Sous couvert de patriotisme et de « dénazification », il mène une guerre d’agression en Ukraine qui piétine le droit international et les principes les plus élémentaires d’humanité. Des milliers d’enfants ukrainiens sont arrachés à leurs familles, déportés en Russie, endoctrinés, déracinés. Certains sont rebaptisés, d’autres adoptés de force, reprogrammés pour haïr leur propre pays. Ce sont des enlèvements d’État, justifiés par une idéologie impériale morbide.Un rapport du laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale[2] révèle l’existence d’un système russe « sans précédent » de déportation, de rééducation, de militarisation et de russification d’enfants ukrainiens. Jusqu’à trente-cinq mille mineurs auraient été arrachés à leur pays et dispersés dans au moins deux cent dix installations réparties à travers la Russie et les territoires occupés. Ces lieux, centres de vacances, écoles, orphelinats, institutions religieuses ou médicales servent à effacer l’identité ukrainienne des enfants au profit d’une identité russe imposée.Le rapport documente une implication directe de l’État russe dans le financement, le transport, l’endoctrinement idéologique et l’entraînement militaire de ces mineurs, parfois âgés de seulement huit ans. Certains sont intégrés à des programmes patriotiques et paramilitaires, fabriquent du matériel militaire ou participent à des défilés. Des cas d’enrôlement ultérieur dans l’armée russe ont déjà été signalés. Les chercheurs qualifient cette entreprise de plus vaste opération de kidnapping d’enfants depuis la Seconde Guerre mondiale, constituant potentiellement des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.Poutine envoie à la boucherie des conscrits mal équipés, souvent issus des régions les plus pauvres de Russie. Beaucoup ne combattent pas par conviction, mais par nécessité : ce sont des mercenaires enrôlés pour de maigres soldes, attirés par l’argent plus que par un quelconque idéal patriotique. D’autres sont des prisonniers qu’on libère à condition qu’ils aillent tuer ou mourir pour le régime. Cette armée de misère et de peur est lancée contre un peuple frère, au nom d’une guerre sans cause juste.Cette politique sème la mort de part et d’autre, détruit des villes entières, massacre des civils, torture des prisonniers. Tout cela, pour quoi ? Pour conserver un pouvoir personnel, agrandir des frontières imaginaires, reconquérir une illusion d’empire. Comme Trump de l’autre côté de l’Atlantique, Poutine rêve de grandeur et de conquêtes, au mépris du droit international, de la vérité, et de la dignité humaine.Sous son règne, la Russie est devenue une forteresse close, fondée sur la peur et le mensonge. Ses opposants sont empoisonnés, ses journalistes assassinés, ses intellectuels réduits au silence. Ceux qui refusent le combat sont emprisonnés, ceux qui dénoncent la guerre sont bannis, ceux qui protestent disparaissent. Et tout cela, pour satisfaire l’ambition d’un seul homme et de ses complices, pour nourrir un pouvoir mortifère qui préfère régner sur des ruines plutôt que de partager la paix.Cette logique autoritaire, qui s’étend aussi à d’autres régimes dans le monde, prospère sur le retrait des citoyens. Car lorsque nous démissionnons du politique, c’est la brutalité qui prend la parole. Comme le disait un vieux sage grec[3] : « Si vous ne vous occupez pas de politique, la politique, elle, s’occupera de vous. » Et parfois, elle le fait à coups de chaînes, de censure et de sang.Partout, ce sont les classes moyennes, les travailleurs, les familles ordinaires qui en paient le prix. L’illibéralisme ne protège pas les modestes, il les appauvrit. Il flatte le peuple, puis l’abandonne. Quand la presse est muselée, la vérité devient un luxe. Quand la science et la recherche sont censurées, la pensée se fige. Quand les juges sont intimidés, la loi devient arbitraire.Les dictateurs d’aujourd’hui arborent des logos, des slogans et des tweets. Ils ne brandissent plus l’uniforme ni uniquement la censure, mais utilisent les codes de la communication moderne pour imposer leur pouvoir avec une redoutable efficacité. Les tweets, en particulier, sont devenus des armes de persuasion massive. Immédiats, viraux, simplifiés à l’extrême, ils permettent de modeler l’opinion sans passer par les filtres du débat démocratique. Donald Trump l’a compris mieux que personne. Il a contourné les médias traditionnels, court-circuité les journalistes professionnels, écarté les vérifications, les nuances, les recadrages. Grâce à ses tweets, il impose son rythme, ses obsessions, ses provocations. Il dicte l’agenda politique, provoque des tempêtes médiatiques, détourne l’attention, humilie ses adversaires, et s’adresse directement à sa base en diffusant des mensonges sans passer par la presse officielle qu’il traite de « fake news » et d’ennemie du peuple.Ce mode de communication, à la fois brutal et familier, flatte les instincts plutôt que la réflexion. Il simplifie à outrance, fabrique des clivages binaires, encourage la polarisation. Il permet à des dirigeants autoritaires de façonner leur image comme celle de « l’homme du peuple », prétendument franc, proche, sans filtre, alors qu’il s’agit d’un simulacre de dialogue, d’une illusion de proximité. Ces messages éclairs ne construisent rien, ils décomposent. Ils saturent l’espace public de rumeurs, de haines, de formules-chocs. Ils délégitiment toute pensée complexe, tout contre-pouvoir, toute contradiction.En somme, les tweets sont à la démocratie ce que les slogans étaient aux régimes totalitaires[4] : des mèmes percutants, répétés à l’infini, conçus pour court-circuiter la réflexion, verrouiller l’attention et imposer une vérité simplifiée, sans appel. Ils ne cherchent pas à convaincre, mais à saturer l’espace mental, comme des formules magiques dont la fonction est moins de signifier que de conditionner.Le langage politique, jadis outil de débat, de confrontation d’idées et de construction commune, s’est progressivement mué en un flux continu d’impulsions émotionnelles. Il ne cherche plus à convaincre par l’argument, mais à frapper, à susciter la peur, l’indignation ou l’adhésion réflexe, conditionnée. Dans ce vacarme numérique permanent, ce sont les vérités qui vacillent tandis que les mensonges prospèrent, portés par leur simplicité, leur répétition et leur charge affective.Cette mécanique n’a rien de nouveau. Elle avait déjà été analysée avec une lucidité saisissante dans Le Viol des foules par la propagande politique[5], où Tchakhotine montrait comment la propagande ne s’adresse plus à la raison, mais aux pulsions et aux émotions primaires. Aujourd’hui, les réseaux numériques et les algorithmes décuplent cette logique, la suggestion devient virale, l’émotion remplace la pensée, et la manipulation se dissimule sous les habits anodins de la communication, de l’information en continu et du divertissement.Ces régimes autoritaires ont compris qu’on ne contrôle plus les foules par la peur seule, mais par la manipulation des émotions. Grâce aux réseaux sociaux, ils créent des réalités alternatives, diffusent des mensonges séduisants, et transforment les citoyens en relais involontaires de leur propagande.Ainsi, l’illibéralisme ne se contente pas de gangrener les institutions démocratiques de l’intérieur ; il sape les bases mêmes de l’émancipation collective. Son arme la plus redoutable n’est pas la censure frontale, mais la démolition lente de l’éducation, de la pensée critique, de la curiosité intellectuelle. Là où l’école enseigne la nuance, l’analyse et la complexité, il promeut le simplisme, le dogme et l’hostilité envers le savoir. Il lui faut une population désinformée, docile, plongée dans un présent sans mémoire ni horizon. Car un peuple qui lit, qui débat, qui apprend, devient plus difficile à soumettre.C’est pourquoi ces régimes luttent contre l’éducation, non pas seulement en contrôlant les programmes scolaires, mais en instaurant l’ignorance comme mode de gouvernance. Une ignorance savamment cultivée, qui permet de justifier les pires décisions au nom d’une vérité nationale ou divine. Or l’ignorance n’est jamais neutre ; elle engendre mécaniquement la peur, cette peur qui pousse au rejet, à la haine, et qui finit par légitimer la violence.Cette logique, le philosophe andalou Averroès[6], l’avait pressentie dès le XIIe siècle. Dans ses commentaires d’Aristote et ses traités sur la raison, il mettait en garde contre les dangers de l’ignorance, non seulement pour l’individu, mais pour la société tout entière. Il résuma un jour, dans une formule restée célèbre et souvent attribuée à tort à d’autres penseurs modernes : « L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, et la haine conduit à la violence ». Voilà l’équation que les dictateurs modernes appliquent à la lettre.Le mot « équation » ici ne relève pas de la métaphore poétique, mais bien d’une analyse rigoureuse de la chaîne de causalités psychologiques et sociales. Là où la raison n’éclaire plus le chemin, ce sont les passions brutes qui dictent les lois. Averroès, en héritier critique du rationalisme grec dans un monde musulman en crise, voyait déjà s’effondrer la promesse d’un humanisme éclairé, balayé par les dogmes et la peur.Neuf siècles plus tard, cette mise en garde n’a rien perdu de sa force. Partout où l’on s’en prend à l’école, aux intellectuels, aux chercheurs, aux enseignants, aux livres, à la science, à la justice et à l’intelligence collective, le même engrenage se remet en marche. On ne préserve pas un peuple en se soumettant aux despotes, mais en protégeant les institutions qui fondent son équilibre et sa dignité. Et les autocrates modernes, en privant leurs sociétés de la lumière du savoir, fabriquent eux-mêmes les ténèbres qu’ils prétendent ensuite combattre. La démocratie est imparfaite, lente, souvent irritante. Mais elle seule permet la discussion, la critique, la correction des erreurs. Et le vivre ensemble. Elle seule donne la possibilité d’évoluer sans violence. Elle n’est pas parfaite, mais elle offre la dignité de pouvoir la chercher ensemble.Alors, posons-nous la question : voulons-nous vraiment d’un monde illibéral pour nos enfants, nos petits-enfants, et tous ceux qui viendront après nous ? Un monde sans débat, sans vérité, sans regard critique, où l’on obéit plutôt qu’on pense ? Où règne l’ignorance…Ce texte est une main tendue, un appel à la vigilance, et surtout à la responsabilité de chacun. Car la démocratie ne meurt pas toujours d’un coup d’État, elle s’éteint quand les citoyens cessent d’y croire.[1] Le libéralisme, dans son acception politique classique, renvoie à un régime fondé sur la protection des droits individuels, la séparation effective des pouvoirs, le respect de l’État de droit, l’existence d’élections libres et pluralistes, ainsi que la garantie de la liberté d’expression et de la presse. L’illibéralisme, en revanche, désigne des systèmes de pouvoir qui conservent l’apparence formelle de la démocratie tout en en vidant l’esprit. Les élections subsistent, mais les contre-pouvoirs sont affaiblis, les libertés restreintes et l’autorité concentrée. C’est une démocratie amputée de ses libertés, un pouvoir légalement élu, mais fondamentalement autoritaire, illustré notamment par les régimes de Donald Trump aux États-Unis, de Vladimir Poutine en Russie, de Viktor Orbán en Hongrie ou de Recep Tayyip Erdoğan en Turquie.[2] Faustine VINCENT, « Rééduquer, militariser et russifier les enfants ‘volés de l’Ukraine’ : un système ‘sans précédent’ mis en place par la Russie », Le Monde, article publié en septembre 2024, s’appuyant sur le rapport du Humanitarian Research Lab de l’Université de Yale.[3] Cette pensée est généralement attribuée à Périclès (vers 495-429 av. J.-Chr.), qui affirmait déjà, dans l’Athènes démocratique, que celui qui se désintéresse de la vie publique est un citoyen inutile, car nul n’échappe aux conséquences des décisions politiques. La formule a été reprise, reformulée et popularisée au XXᵉ siècle par plusieurs auteurs, notamment Jules Romains (1885-1972), dans Les Hommes de bonne volonté., ainsi que par d’autres penseurs et militants, soulignant, tous, la même vérité intemporelle : se détourner de la politique ne protège jamais de son emprise, mais y expose sans défense.[4] Sous le régime nazi, les slogans jouaient ce rôle hypnotique et coercitif : « Ein Volk, ein Reich, ein Führer » (Un peuple, un empire, un chef), « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre), ou encore « Blut und Boden » (Sang et sol) réduisaient des idéologies complexes à des expressions faciles à retenir, conçues pour frapper les esprits, justifier l’exclusion, et galvaniser l’adhésion sans débat. Ces formules ont été utilisées sur les affiches, dans les discours, et jusqu’à l’entrée des camps de concentration, où elles transformaient la langue en instrument de domination et de terreur.[5] Serge TCHAKHOTINE, Le Viol des foules par la propagande politique, Paris, Gallimard, 1939.[6] Averroès (Ibn Rushd, 1126-1198), philosophe, médecin et juriste andalou, fut l’un des plus grands passeurs de la pensée d’Aristote vers l’Occident médiéval. Défenseur rigoureux de la raison et de la connaissance contre le dogmatisme, il voyait dans l’ignorance non seulement une faiblesse individuelle, mais un danger politique majeur. À travers ses commentaires philosophiques et ses traités, il alertait sur la chaîne fatale reliant l’ignorance à la peur, la peur à la haine, et la haine à la violence. Une intuition souvent résumée par une formule devenue proverbiale, fréquemment attribuée à tort à des penseurs modernes. Sa pensée demeure d’une brûlante actualité face aux régimes qui prospèrent sur l’obscurcissement des esprits et l’instrumentalisation des passions collectives.
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